Fukushima 80 mois après le 11 Mars 2011
(suite de notre soirée de Novembre  2015)   par Jérôme PARTOS

 


Dans ces temps où l’on parle de transition écologique, d’énergies renouvelables, et où les éventuels risques sanitaires sont mis en avant lorsque tel ou tel changement est évoqué, vous vous demandez peut être ce qui se passe à Fukushima…


Pour mémoire, la centrale nucléaire de Fukushima Dai Ichi, est constituée de six réacteurs, ce qui en faisait, quand elle fonctionnait, l’une des plus puissantes de la planète (4700 MWe). 4 des 6 réacteurs ont été endommagés lors du tsunami du 11 Mars 2011. Les trois autres n’ont pas subi de dégâts majeurs.
Et bien à Fukushima, deux étapes majeures viennent d’être franchies.
D’abord, en Juillet, le robot Manbo a pu pénétrer dans l’enceinte contaminée du réacteur 3 pour effectuer sa mission de collecte d’informations. Ce n’est pas la première fois que les experts envoient un robot. Mais jusqu’à présent, soit ils se coinçaient dans les gravats, soit la radioactivité les faisait griller et les rendait obsolètes. Manbo est non seulement résistant aux rayons, mais aussi capable de se déplacer, sans se faire coincer, dans le champ de ruines qu’est l’intérieur du réacteur n°3. Cela reste délicat : Manbo a mis 3 jours pour parcourir les derniers 8 mètres.
La seconde étape importante qui a été franchie est que, grâce au robot, le carburant nucléaire, de l’uranium hautement radioactif a pu être enfin localisé. C’est essentiel puisque la remise en état du site ne peut se faire sans d’abord récupérer les éléments les plus radioactifs, dont en priorité le carburant, pour les extraire, les confiner et réduire la radioactivité du site.
C’est aussi une question d’honneur pour tous ces ingénieurs qui il y a encore peu juraient que le nucléaire était sans risque, et les énergies vertes des fariboles pour bobos.
TEPCO le propriétaire exploitant, et les autorités japonaises ont donc commencé de planifier comment récupérer l’uranium.
En termes d’image c’est essentiel car cela transformera un site de catastrophe nucléaire d’impact mondial en simple chantier de démantèlement. Avec tous les avantages que cela inclut, notamment le fait de devenir un vaste chantier, avec des contrats importants pour nombre d’entreprises, locales et internationales.
Il faudra cependant laisser le temps au temps et la date actuellement prévue pour débuter l’enlèvement de l’uranium est 2023. Ensuite la décontamination complète devrait durer au moins 30-40 ans, dans les prévisions actuelles. Pour le réacteur n°3.
Pour les réacteurs 1 et 2, on ne sait pas encore où est passé l’uranium. En attendant le site continue de produire quotidiennement des centaines de tonnes d’eau radioactive, dont une bonne partie va à la mer.

 

Le mur de terre gelée est terminé.
Constamment, venant de la montagne voisine,  beaucoup d'eau s'écoule dans le terrain des quatre réacteurs et elle se charge de radioactivité. TEPCO doit pomper et mettre cette eau dans de grandes cuves. Auparavant, sur le terrain de la centrale nucléaire de Fukushima, c'était plein de verdure, mais on y trouve maintenant un millier de grandes cuves à eau. Résoudre ce problème est la chose la plus importante pour TEPCO.
  Pour cette raison, TEPCO a commencé à construire un mur de terre gelée de 1,5 kilomètre de long autour des 4 bâtiments des réacteurs. On a enfoncé 1568 tuyaux dans le sol, jusqu'à 30 mètres de profondeur, et à travers ces tubes, on fait circuler un liquide de refroidissement à -30 degrés, de sorte que le sol autour des tubes gèle et forme un mur. Jusqu'en mars 2016, TEPCO a construit 99% du mur et, le 22 août 2017, l'Autorité de sûreté nucléaire lui a permis de fermer la partie restante de 7 mètres de long.
   Cependant, l'efficacité de ce mur pour diminuer l'eau polluée est bien incertaine. En outre, TEPCO a besoin de 1500 millions de yens [11 millions d’euros] par an pour maintenir le mur en bon état et, de surcroît, les travailleurs devront être fortement exposés à la radioactivité. Beaucoup de gens craignent que TEPCO ne doive dépenser presque perpétuellement une telle somme sans beaucoup d'efficacité et ils lui recommandent d'explorer d'autres méthodes pour l'eau contaminée.

 

 Dans ce contexte, on ne résiste pas à reprendre le discours actuel de TEPCO et des autorités japonaises :
“Despite the enormous consequences of the Fukushima disaster, it’s important to recognize that nuclear energy isn’t inherently dangerous“ (« malgré les énormes conséquences du désastre de Fukushima, il est important de reconnaitre que l’énergie nucléaire n’est pas intrinsèquement dangereuse »).
Plus près de nous, le nucléaire continue de mobiliser les esprits, avec notamment le chantier de l’EPR de Flamanville et le projet d’enfouissement des déchets les plus dangereux à Bure, en Lorraine.
Le monde de l’économie aussi est bien obligé de s’en préoccuper avec les situations financières fort délicates de nos deux fleurons, EDF et Areva.

 

Cet article est également dédié à notre ministre de l’Environnement qui déclarait récemment que, face aux risques nucléaires éventuels, il fallait savoir rester réaliste…  ce qui l’amenait à conclure que le stockage de nos déchets nucléaires sur le site lorrain de Bure (CIGEO) était son choix, car « la moins mauvaise des solutions ».  Ce qui reste quelque peu en décalage avec ce que les diverses analyses de risques indiquent…